La chute d'Avalon, carnet de campagne d'Arev (Dice)

Jour 1

Je m’appelle Arev. Du moins, c’est sous ce sobriquet qu’on me nomme désormais, dans cette vie-là.

Avalon se meurt, le réel s’effrite tout autour de nous, ce qu’on appelle le Wyrd, faute de mieux, a déjà envahit tous les villages alentours, et on dit que le menhir de Cunacht menace de s’éteindre dans quelques jours. Si ça se produit, je ne donne pas cher de notre peau. Personne ne survivra plus de trois jours sans la protection magique de notre statue titanesque.

Il suffit de voir dans quel état les villageois d’à côté sont arrivés pour se réfugier chez nous. Ou d’écouter leurs histoires de « Peste Rouge » à vous faire dormir debout.

Je ne voulais plus de cette vie là. Je voulais repartir à zéro, oublier cette existence de mercenaire qui m’a tant coûté, cette autre vie, qui m’a maudit.

J’ai pris une ferme, me suis installé ici, et comptais bien goûter à mon tour à la vie dure et méritante de la paysannerie. Revenir au concret, faucher et récolter mes champs, me soumettre aux nobles exigences du quotidien.

Mais rien ne va plus, et plus personne ne peut prétendre à une vie qu’on pourrait qualifier de normale, désormais.

Avec le Wyrd, avec cette brume surnaturelle qui se propage et dévore les âmes, c’est illusoire d’aspirer à la normalité. Tout se disloque, rien ne semble résister à l’aspiration de force vitale qui nous entoure, qui nous encercle, qui nous menace.

Voilà déjà plusieurs semaines que les villageois les plus valeureux se sont proposés pour partir en expédition. Sauver Cunacht, sauver Avalon…

Certains disent qu’ils sont partis à l’Est, pour gagner la Nouvelle Camelot. D’autres, au contraire, qu’ils ont remonté l’île par la côte Ouest, vers le Nord, et qu’ils ont cherché à pénétrer dans Tuathan, la cité des Précurseurs dont nul n’est jamais revenu, sauf, parait-il un druide dont j’ai oublié le nom.

A quoi bon spéculer ? La réalité est que le monde se meurt, et nous avec, et que ces soit-disant héros sont partis depuis au moins une lune. Des foutus minables qui ont pété plus haut que leur cul. Ils ont promis un espoir vain au village, ils ne valent pas mieux que nous tous. Aucun de nous ne vaut grand chose à vrai dire, nous sommes tous ici des écorchés de la vie qui cherchons à survire.

On dit que je suis solitaire, que je suis incapable de me lier d’amitié. D’aucuns disent aigri. Associal, même. J’ai déjà eu à souffrir de ce qualificatif.
Peut-être.
C’est sûrement vrai.

Aucune femme ne reste avec moi bien longtemps, aucun ami non plus. Ai-je parlé de ma malédiction ? Oui, j’en ai parlé, voilà qu’il me faut relire les notes de mon journal alors que j’en ai à peine débuté la rédaction.

Noter, consigner, écrire. Cela m’apparait comme le dernier rempart contre la folie. Je vais quitter Cunacht. Je ne crois plus au retour de nos « héros ».

Je vais partir, seul, comme d’habitude, et voir si je peux ranimer ce Menhir par mes propres moyens. Je n’ai aucune idée de comment m’y prendre, mais peut-être que je trouverais de l’aide. Il doit bien y avoir une ou deux personnes dans le coin qui savent comment s’animent ces artefacts gigantesques issus d’une ère révolue. Des monuments aussi menaçants qu’implacables, dont notre survie dépend…

La suite de ce fil contiendra des spoilers de la campagne La Chute d’Avalon. Ne lisez pas si vous compter la jouer !

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Jour 4

Plusieurs jours se sont écoulés depuis la première entrée de ce journal. Il me semble que cela fait bien plus, des mois ! J’ai suivi mon instinct, n’ayant aucune idée de quelle piste je devais suivre. Mon obsession est bien plus modeste que celle des héros du village, je compte avant tout ranimer le Menhir de Cuanacht, on verra plus tard pour sauver le monde.

Je suis donc parti vers le sud, peut-être était-ce l’appel de la mer qui m’a attiré ? Regarder les embruns, le ressac qui se brise contre les falaises d’Avalon, laisser l’esprit s’évader un moment dans l’air iodé. Ca a certainement joué, inconsciemment du moins.

Je suis arrivé aux pieds de ces épées immenses qui se dressent vers les cieux. Des épées de géant dont j’avais entendu parler mais que je n’avais jamais vues de mes yeux. Il m’a fallu une journée de marche pour y arriver.

Il y avait un forgeron mais il a refusé de me parler, me disant qu’il n’avait pas de temps à perdre avec les vaux rien dans mon genre. J’ai craché par terre.

Puis, je ne sais pourquoi, peut-être pour bénéficier du panorama unique que j’imaginais trouver en haut, je me suis lancé dans l’entreprise d’escalader les glaives grands comme des églises. J’ai réussi le deuxième jour à atteindre le pommeau, grand comme une tour de guet !

Je n’ai pas regretté, car cela m’a offert une vue imprenable sur le sud d’Avalon, et j’ai découvert qu’il y avait deux autres menhirs tout près de Cuanacht. L’un au nord-est, l’autre au nord-ouest. Ils semblent éteints et n’ont pas cette lueur orangée-verte qu’irradie le nôtre.

J’ai continué les jours suivants mon périple en longeant la falaise vers l’est et suis arrivé à l’hospice. On y soigne les plus grands malades du sud de l’île, dit-on. Peut-être pourrais-je y glâner des informations sur les menhirs. Les moines qui officient en qualité de soigneurs ici en savent sûrement plus que les villageois dans mon genre.

Il m’a été impossible d’obtenir ni entretien avec un moine, ni quelque information que ce soit. En revanche, on m’a dit qu’ils recherchaient des volontaires pour aider aux soins. Ils m’ont proposé de rester quelques jours en qualité d’apprenti.

J’y ai vu une opportunité, j’ai accepté.

La peste rouge fait des ravages. Les réfugiés qui sont parvenus jusqu’à Cuanacht ne présentaient que peu de symptômes. Ici, j’ai vu la mort incarnée dans la chair humaine. Mon cœur s’est retrourné plus d’une fois.

Des cloques se forment comme sous l’effet d’une brûlure, mais au lieu de cicatriser, après plusieurs jours, la peau prend une couleur vert-olive et durcit, puis cette croûte tombe et laisse place à des plaques rouges purulentes.

J’ai appris qu’un archi-druide était hébergé dans une de nos cellules. Il est fortement atteint par la peste rouge, meme son savoir ancestral n’a rien pu faire pour la contrer. Un archi druide…

Je tiens là ma chance, il saura sûrement m’aider à en savoir plus sur ces foutus menhirs.

Je suis allé le voir. Je lui ai changé ses bandages. On m’a assuré que cette saloperie ne s’attrapait pas à moins d’un contact physique rapproché avec un malade. Je porte des gants et un masque de tissu en lin. C’est le protocole dans l’hospice. Et je dois avouer que je ne cesse de me laver les mains entre chaque visite. Une malédiction me sufft.

Derrière ses cloques, ses croûtes et sa fatigue physique, j’ai vu son regard d’acier percer mon âme. Toute sa vigueur intellectuelle est intacte. Que cela doit être dûr de voir son coprs décrépir alors que l’esprit reste parfaitement lucide… Quelle souffrance cela doit être.

Nous avons parlé. Je crois qu’il était heureux de voir en moi l’ombre d’une lueur d’un espoir, non pas pour lui (il est condamné, cela ne fait aucun doute), mais pour la survie sinon de notre civilisation, au moins de notre société humaine.

Il m’a longuement parlé des Menhirs, et m’a enseigné le rite sacré d’éveil des menhirs. Il m’a fait répéter les incantations, et comment lire les runes qui y sont gravées, les offrandes qu’il conviendra de faire, le temps qu’il me faudra passer auprès de la structure. Chaque détail compte m’a-t-il dit.

Mais il ya un problème. Il a lu en moi comme dans un livre.
— T’es maudit, gamin, m’a-t-il dit.
— C’est ce qu’on dit, ai-je répondu.
— Je parle sérieusement, tu traines une dette magique dans ton ombre.
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
— Difficile à expliquer avec des mots. Disons que c’est comme si ta poche était percée, et que tu perdais tes pièces quand tu marchais. Mais cela se passe avec ton énergie magique. Tu es trop faible pour réveiller un menhir.
— Comment faire ?
— Il faut que tu te confrontes au Wyrd et aux horreurs qu’il engendre. Seul l’affrontement de créatures du Wyrd te renforcera de ce côté là, et te donnera suffisamment d’énergie magique pour espérer pouvoir raviver un menhir. Va dans le bois hanté, remonte vers l’Ouest, il est infesté d’immondices du Wyrd. Et prend garde à ne pas mourir. Si tu en rechapes, tu auras ce qu’il faut pour sauver Cuanacht.

Jour 6

Voilà près d’une semaine que j’ai quitté Cuanacht.

Aujourd’hui, je quitte l’hospice.

Ca ne me rassure pas du tout d’aller m’enfoncer dans le bois hanté dont il a parlé, mais… ai-je seulement le choix ?

Jour 8

Je suis fou. Ou est-ce le monde qui a perdu toute raison ? J’ai osé pénétré dans Larvebois, l’endroit damné dont m’a parlé l’archi druide à l’hospice insulaire. Même en plein jour, ce n’est pas un endroit agréable. Les vieux arbres se penchent les uns vers les autres, semblables à des sorcières susurrant quelque secret. De vieilles chaînes pendues au faîte des arbres tintent au moindre coup de vent.

Chacun de mes pas ne faisait que renforcer un sentiment d’angoisse qui semblait avoir débuté avec mon arrivée dans ce lieu : le sol fétide s’enfonçait dans un bruit de clapotis dégoûtant. Une étrange substance vert-violet semblait resortir de la terre et encerclait mes semelles. C’était si étrange, si dérangeant, que j’ai fini par m’astreindre à ne plus regarder mes pieds.

Je n’ai pas osé m’aventurer dans les profondeur de ce lieu. Je l’avoue, je le note dans ce journal, et je n’ai pas honte de l’écrire : j’ai eu peur. La peur est la marque de ceux qui vivent longtemps, dit-on.

Je ne me suis pas aventuré bien loin, car d’une certaine façon, je n’en ai pas eu besoin. Après un moment passé à observer ces arbres maudits, j’ai été attaqué par une chose indescriptible. Une sorte de silhouettes brumeuse pourpre dont j’ai réussi je ne sais comment à me débarrasser.

Je crois que j’ai compris ce qu’a dit l’archi druide : quand l’apparition a disparu sous mon dernier coup de faux, j’ai senti une énergie troublante traverser tout mon corps. Etait-ce l’énergie magique dont il parlait ? Probablement. Je l’espère car si ce n’est pas le cas, je ne pourrai jamais raviver le Menhir du Cuanacht.

Je suis resté à l’orée de Larvebois, aux aguets, et une autre créature a surgi sur moi. Ces bois sont infesté de vermines surnaturelles !

Cette fois ci, les créatures qui m’ont fait face avaient l’air plus réelles et moins évanescentes que l’apparition, mais elles n’en n’étaient pas moins troublantes. Ca m’a fait penser à ces créatures d’outre-tombe dont parlent les contes, des goules. Sorte de cadavres animés, a la peau grise et verte, à l’allure désossée et aux cris déchirés par le temps. Elles m’ont littéralement sauté dessus de toute part, j’ai été pris en embuscade et j’ai bien cru y laisser ma peau.

Je l’avoue, j’ai fuis, je n’ai pas réussi à prendre le dessus, et profitant d’un moment de lenteur de leur part, j’ai pris mes jambes à mon cou et suis sorti du bois.

Avec la ferme intention d’y revenir, car je n’ai pas perdu de vue mon but, me gorger de l’énergie magique que me procure l’éradication de ces monstres.

J’ty suis retourné le lendemain, revigoré par un bon repas et une nuit de repos. Et cette fois-ci, j’ai réussi à les tuer. Je me sens prêt pour Cuanacht. Mais je dois le reconnaître, je crois que ces escapades dans ce bois démoniaque ne laissent pas ma santé mentale indemne…

Jour 9

De retour à Cuanacht, c’est terrible. Le menhir est éteint ! Le Wyrd envahit tout le village, l’air est difficile à respirer, tout le monde se sent faible.
Je me sens si impuissant, il m’est impossible de réveiller le menhir du village. Ce menhir ne m’est pas accessible, malgré l’enseignement que j’ai reçu de l’archi druide.

Ma seule chance est la fuite vers le Nord, je vais m’essayer aux autres Menhirs que j’avais aperçus depuis le sommet des épées.

J’ai choisi d’aller vers les Tumulus des Précurseur, et me voilà faible, angoissé, non loin de la folie, mais rassuré : j’au réussi à ranimer ce menhir !

Un peu de répit. L’air a retrouvé sa clarté et sa pureté, et je me sens déjà en train de récupérer de mes errances.

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